Un chanoine de l’Auxerrois
Qui est ce chanoine ? En fait cela fait allusion non pas à la région d’Auxerre mais au chapitre de Saint-Germain l'Auxerrois à Paris, un des nombreux lieux religieux de la capitale.
Ce Chapitre avait la réputation d’être le lieu où les chanoines passaient du bon temps sur fonds de querelles internes avec d’autres paroisses. En 1717, les chanoines de St Germain furent accusés de trafics de sépultures à des fins pécuniaires et cela dans le but d’avoir une vie plus douce et plus tranquille. En 1744, ces querelles ont abouti à leur départ. Il semblerait que le gouvernement monarchique voulait s’allier au clergé dans le but de lutter contre l’esprit libertin et libéral ainsi que contre les tendances irréligieuses qui sévissaient alors.

Dans ce recueil manuscrit, il n’est transcrit que quatre couplets que les Enfans de Cythère vous interprètent. L’auteur ou les auteurs portent en dérision des acteurs religieux, passant en revue toutes sortes de congrégations religieuses comme les Célestins, les Cordeliers.
Mais nous avons retrouvé cette même mélodie avec des paroles plus complètes dans le premier tome d’un Recueil de Chansonnettes ou Vaudevilles. Ce recueil est conservé de nos jours à Grasse - Alpes Maritimes. C’est un recueil dont la reliure semble du XVIIIe siècle. Malheureusement nous ne pouvons avancer aucune date précise puisque c’est aussi un cahier manuscrit.

Ces deux manuscrits rassemblent des chansons mi-grivoises et mi-bacchiques et satiriques qui sont très en vogue au siècle des Lumières, chansons qui nous narrent des faits historiques, des désaccords...
Les Enfans de Cythère ont décidé de chanter les quatre couplets transcrits dans le manuscrit d’Arles et de lire d’autres couplets du manuscrit de Grasse.
Dans la version de Grasse cette chanson comporte, 31 couplets parmi lesquels nous pouvons apprendre les désaccords des guerres de religion entre Catholiques et Protestants

Après un différent entre un flamant et un normand pour choisir la boisson à boire, l’auteur s’attaque à un pasteur théologien de l’Église Réformée, Jean Daillé. Puis c’est autour de Martin Luther, un autre théologien. Cette critique continue avec Jean Calvin, un autre théologien de la Nouvelle Église.

Puis l’auteur mentionne Théodore de Bèze, le successeur de Jean Calvin et chef incontesté de la cause réformée dans toute l’Europe, puis un « ministre faucheur » qui doit être un catholique, après avoir changé l’eau en vin, se rapproche par la suite des protestants pour boire ce nectar délicieux qui est le vin.

Arrive le tour des Carmes, hommes de la congrégation du Carmel. Les auteurs continuent par les frères mineurs réformés : les Récollets. Puis, un couplet parle cette fois-ci, des Bénédictins, congrégation catholique qui après une longue période d’apogée semble en déclin au moment de la Réforme protestante. Et pour finir, les disciples de Loyola sont aussi critiqués. Ignace de Loyola , théologien basque est le fondateur de la Compagnie de Jésus.

Mais cette chanson est un exemple parmi tant d’autres de l’Ancien Régime qui est restée dans la tradition orale : la Basse Bourgogne, en l’occurrence. Elle a été recueillie par Paul Berthier aux environs de 1939 et interprétée par Marie Noël. L’éditeur n’en a alors transcrit que le premier couplet. L’interprète ne s’est-elle souvenue que de celui-ci ?

C.E.D.P.I. mars 2026
