Musiques populaires et musiques savantes au XVIIIe siècle
recherche et diffusion
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RECHERCHES SUR LES RAPPORTS ENTRE LES MUSIQUES SAVANTES
ET LES MUSIQUES POPULAIRES DES XVIIIe ET XIXe SIÈCLES
APRÈS ÉTUDE DU RÉPERTOIRE POUR INSTRUMENTS À BOURDONS
5 - Rapports proprement dits entre ce répertoire et celui encore vivant au XIXe siècle
dans les provinces françaises (suite)
Ces airs ont pu arriver jusqu'à nous parfois par l'oralité :
comme la contredanse "la neuvainne" que l'on retrouve à plusieurs reprises dans des recueils édités et dans des manuscrits. Lorsqu’elle est retrouvée chez Esprit Philippe Chédeville ou son frère cadet Nicolas, la mélodie est harmonisée pour deux voix de dessus et elle comporte un refrain et deux couplets, sinon on la rencontre dans le manuscrit 3643 avec une basse chiffrée ; elle nous est aussi parvenue sous la forme d'un rondeau gascon, le refrain du XVIIIe siècle étant devenu la deuxième partie, la première semblant être une espèce d'introduction.
autre exemple :" Ha venez y toutes" notée avec basse chiffrée dans le "4e recueil de contredanses, vaudevilles…" par E. Ph. Chédeville, la première partie est devenue le refrain dans la chanson recueillie par Barbillat et Touraine dans le Bas-Berry sous le nom de "le Meunier blondin".


le meunier blondin - Barbillat et Touraine
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De même les Berrichons ont adapté des paroles révolutionnaires sur le "timbre" de la faridondaine, qui fait partie autant du répertoire des vielleurs que de celui des foires ; mais le même air a été utilisé pour un Noël et une chanson de vendanges.
* Parfois nous ne sommes pas arrivée à déterminer la région qui a véhiculé un air du XVIIIe siècle : le compositeur Peter Tchaikovski au milieu du XIXe siècle a arrangé une « vieille chanson française » qui n'est autre qu'une brunette notée à deux voix égales dans le "6e recueil de contredanses, vaudevilles…" par E. Ph. Chédeville. Après lecture des deux versions il est intéressant de noter que les ornementations (codées et non notées au XVIIIe siècle) ont été scrupuleusement écrites par Tchaikovski non pas comme ornementation mais faisant partie de la mélodie ; il a dû, comme cela se faisait à cette époque-là, écrire exactement ce qu'on lui avait chanté…


brunette - Tchaïkowsky
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Citons aussi le branle "voilà ce que c'est que d'aller aux bois" (Ms 2547) dont la mélodie et le titre rappellent tout à fait une chanson traditionnelle.
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Autre exemple retrouvé dans un répertoire transmis par l’oralité : l'air des "Manches vertes" (greensleeves) (in Ms 2547) ressemble fort à un air irlandais.
* Enfin, la mélodie des "Menuets italiens" (in Ms 2547) est encore connue dans le répertoire des carillonneurs anversois.

menuet de la comédie italienne
Pour illustrer le domaine des chansons enfantines, nous allons citer :
l'air de "Malbrough". Il est noté dans la méthode de vielle de M. Corrette sous la dénomination de "Marlbourg" suivi d'une variation en 3/8 intitulée : "Marlbourg en Menuet". Comme pour toute méthode, l'auteur a choisi comme exercices les airs les plus répandus à l'époque, nous le voyons bien dans le choix de ses contredanses.
"Dedans mon petit réduit" (in "8e recueil de vaudevilles"… d'E. Ph. Chédeville). L'air nous est connu actuellement dans diverses régions avec des paroles et un titre différents comme "La bonne aventure au gué", "Le bon roi Henri".
Dans un recueil de "Chansons galantes badines et à boire" daté de 1743 on a réadapté de nouvelles paroles (Archives Départementales de Blois).

dedans mon petit réduit - chanson enfantine
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Nous pouvons aussi citer l'exemple du "carillon de Dunkerque", contredanse notée très souvent dans les recueils du XVIIIe siècle et dont l'air se rencontre encore dans le répertoire "traditionnel".
Citons encore un exemple, avant d’approfondir ces comparaisons dans une région plus particulière : le "timbre" d’un cotillon transcrit à plusieurs reprises au XVIIIe siècle et destiné aux vielleurs (in "1er recueil de vaudevilles" d’E. Ph. Chédeville, in Ms 3643, in méthode de M. Corrette intitulé alors "ma commère quand je danse"). En intervertissant l’ordre des deux parties, l’air était déjà connu comme un Noël daté de 1653-1656 et faisant partie des "Noëls de Notre Dame des Doms". Mais l’air est encore noté comme chanson, mettant en scène les personnages de la commedia dell’arte Arlequin et Polichinelle, dans un recueil de 1846 (in "Livre de chansons françaises" R. Sabatier).

ma mère quand je danse - cotillon

Noël de Notre Dame des Doms
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